Performances futures … L’AMF consulte et promeut les bonnes pratiques

olafur-eliasson

L’AMF a lancé récemment toute une série de consultations

sur la connaissance client, le conseil financier et aujourd’hui sur ‘‘la mise à disposition des investisseurs particuliers de simulations de performances futures’’.

L’AMF part du constat que les acteurs de l’intermédiation en matière d’épargne (les SGP, les réseaux bancaires, les CIF, les CIP … ) proposent de plus en plus des outils de simulation numérique des performances financières futures.

Les nouveaux outils de performances sont mis à disposition des clients investisseurs tant par les acteurs traditionnels, au cours des entretiens avec la clientèle, que par les acteurs du monde digitalisé ou de l’intermédiation à distance (plateformes de distribution internet, conseillers digitaux …).

L’AMF reconnaît à ces outils un caractère pédagogique certain.

Elle en souligne aussi les limites, voire les dérives : hypothèses d’évolution des variables de marché peu réalistes, résultat des simulations trop optimiste.

Nous ajoutons de notre côté : ‘‘scénarisation’’ des évolutions exposées réalisée de manière très discrétionnaire, hétérogénéité des approches méthodologiques, diversité du vocabulaire employé, manque d’explications et de mise en perspective des résultats obtenus …

L’AMF rappelle aussi le contexte actuel assez particulier, qui rendent la probabilisation des évolutions de marché bien hasardeuse. Nous précisons : taux d’intérêt négatifs, faible rentabilité générale des placements financiers, succession d’épisodes de marché caractérisés par une volatilité très forte ou au contraire assez faible … et nous ne parlons pas de la liquidité (cf. nos blogs sur le sujet).

L’AMF suggère plusieurs pistes d’amélioration.

1) Homogénéiser les obligations réglementaires en matière d’information de la clientèle à tous les acteurs concernés (il existe aujourd’hui des disparités entre eux).

Nous ne pouvons que souscrire à ce projet.

2) Insérer des messages standardisés d’information et d’alerte, que l’internaute, par exemple, doit lire et valider avant d’accéder à la simulation de performances proprement dite …

D’expérience (personnelle), la tentation est souvent forte de lire le texte ‘‘en diagonale’’ puis de cocher la case et de passer à la suite, mais, au moins : ‘‘Vous aurez été prévenus’’ …

3) Externaliser les bonnes pratiques, à l’égard des rédacteurs et diffuseurs de tels simulateurs. L’AMF rappelle par exemple que les paramètres utilisés pour les simulations doivent être cohérentes par rapport à l’horizon simulé, que ces variations simulées doivent être réalistes etc.

Nous sommes bien sûr d’accord, mais pensons : a) d’une part, qu’il est dommage d’avoir à rappeler ces évidences à des professionnels des marchés financiers, b) d’autre part, que ces recommandations ne peuvent être que de portée générale : que sont aujourd’hui des hypothèses d’évolution de marché ‘‘réalistes’’ ? Une multiplication des taux d’intérêt par 15 (cf. l’évolution récente des taux d’intérêt à 10 ans français), par 60 (la même, sur quelques années ?). Une volatilité des marchés actions de 20 ou de 30 ? Le défaut d’émetteurs souverains ?

Si ces approches semblent raisonnables, il nous semble tout aussi important de s’assurer que l’investisseur a compris les facteurs de risque de son investissement, c’est-à-dire ce à quoi il s’expose (les causes tangibles) tout autant que les conséquences, plus ou moins bien modélisées, à la fois pour les probabilités d’occurrence que pour l’impact en cas d’occurrence.

Suis-je exposé au risque de taux ? Au risque des marchés actions ? Au risque d’une mauvaise sélection des investissements de la part du professionnel ? Et dans quelles proportions ?

Quel événement peut m’être défavorable ? Que puis-je faire en cas d’occurrence d’un tel événement ? Que peut faire et que fera le gestionnaire de mon produit ? Ai-je toute confiance qu’il le fera ?

Toutes ces réponses figurent déjà dans l’information normalement donnée au client par son conseiller, directement ou via les documents réglementaires qu’il lui remet (cf. le DICI, SRRI). A charge pour le conseiller la tâche, délicate mais passionnante, d’illustrer ces informations, de les mettre en perspective, d’en transmettre l’essence à son client et de s’assurer qu’il les a assimilées.

Pour en savoir plus :

24/11/2016 : Consultation publique de l’AMF relative à la mise à disposition des investisseurs de simulations de performances futures

Photo d’illustration : O. Eliasson, Your atmospheric colour atlas, Brouillards artificiels, Installations.