L’innovation se nourrit aux fonds propres … et manque de carburant.

Kristallwachstum

Un autre article du dernier numéro de la REF sur les ‘‘Mutations de l’industrie financière’’ a attiré notre attention, celui consacré aufinancement en fonds propre de l’innovation en Europe.

Après avoir rappelé, d’une part, l’importance du financement de la recherche et de l’innovation pour la croissance à long terme de l’économie, et d’autre part que le monde ‘‘n’a jamais autant disposé de liquidités’’, l’auteur, praticien des métiers du capital investissement, insiste sur le paradoxe actuel de besoins en fonds propres inassouvis pour les entreprises innovantes. Les moyens ne manquent pas, mais ils alimentent la hausse du prix de certains actifs financiers (actions de grandes capitalisations, obligations d’Etat …) ou réels (immobilier, infrastructures, nous ajoutons : forêts, objets d’art et de collection …). Et les sommes allouées aux entreprises innovantes en Europe sont en très net repli depuis l’éclatement de la crise financière. Aux Etats-Unis, la tendance est la même, mais dans une moindre mesure (et pour des montants quatre fois plus importants tout de même).

L’auteur passe alors en revue l’évolution des contributions des pourvoyeurs traditionnels de capital pour le financement de l’innovation : la bourse, bien sûr, mais l’entrée en bourse et la cotation sur un marché ne sont pas forcément la réponse la plus adéquate pour des entreprises ayant encore beaucoup (ou tout) à prouver. Et par ailleurs, ces marchés restent cycliques. Les banques et les assureurs, via leurs fonds ‘‘maison’’ de venture capital, ont déserté ce segment d’activité compte tenu des nouvelles contraintes prudentielles. Les entreprises elles-mêmes – via le corporate venture – ont un rôle à jouer dans le financement en capital de l’innovation, mais leur contribution actuelle reste marginale. Le crowdfunding est également évoqué par l’auteur, qui salue les avancées récentes de la réglementation française en la matière. Quant à l’incitation à la collecte des FCPI (les Fonds Communs de Placement dans l’Innovation) par exemple, celle-ci s’essouffle, compte tenu d’un environnement fiscal moins favorable, et aussi de performances globales insuffisamment attractives pour les épargnants, reconnaît l’auteur.

Mieux flécher l’épargne des particuliers vers le financement en fonds propres de l’innovation est donc une priorité absolue, et l’auteur prône une ‘‘thérapie de choc’’ allant au-delà des mesures récentes (création des ELTIF, lancement d’EnterNext, la filiale d’Euronext dédiée au financement et à la promotion des PME-ETI, règlement européen EuVECA – European Ventura Capital Funds etc.). Celles-ci restent trop modestes aux yeux de l’auteur.

Pour en savoir plus : Revue d’Economie Financière, 118, Juin 2015 : ‘‘Les mutations de l’industrie Financière’’ / L’innovation, parent pauvre du déferlement de liquidités mondial.

REF – 118 – Les mutations de l’industrie financière

Crédit Phot. : Gerda Steiner & Jörg Lenzlinger, Kristallwachstum / Crystal Growth, Paul Scherrer Institute, Villingen (2007).